Angela Rossi
Aphtes récidivants : comprendre et soigner la stomatite aphteuse récidivante
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Tout le monde a déjà eu un aphte. Ça brûle une à deux semaines, puis la muqueuse redevient normale. Quand l’aphte revient chaque mois, parfois en grappes, ce n’est plus un épisode isolé. C’est la stomatite aphteuse récidivante, qu’on appelle aussi SAR.
Les crises usent la patience, et le médecin n’a pas toujours une cause simple à donner. Personne ne peut promettre qu’elles s’arrêteront du jour au lendemain. On peut en revanche les espacer et rendre la bouche de nouveau confortable. Ce guide décrit les trois formes d’aphtes, les maladies qui leur ressemblent, et ce que l’on peut déjà changer au quotidien.
L’essentiel en cinq points
- La SAR est la maladie ulcéreuse la plus fréquente de la bouche. Au moins une personne sur dix est concernée.
- Le plus souvent, elle reste bénigne, sans cause identifiée.
- Des aphtes qui commencent après l’adolescence, ou qui touchent d’autres muqueuses, doivent faire chercher une maladie générale.
- On commence par ce qui relance les crises : carences, chocs dans la bouche, aliments, dentifrice.
- La suite se décide avec le médecin ou le dentiste.
Qu’est-ce qu’un aphte récidivant ?
Un aphte qui revient n’est pas un aphte ordinaire un peu long à guérir. C’est la même lésion, qui se répète. Les médecins parlent de stomatite aphteuse récidivante (SAR), parfois d’aphtose buccale récidivante. C’est la maladie ulcéreuse la plus fréquente de la muqueuse de la bouche.
À quoi ressemble un aphte ?
Derrière le mot « aphte », il y a une lésion assez reconnaissable. L’aphte vulgaire, ou aphte commun, est un ulcère peu profond et douloureux, rond ou ovale, cerclé de rouge. Le fond est jaunâtre ou grisâtre, recouvert d’une fine couche qui fait penser à une membrane. On parle d’aspect pseudomembraneux.
En guérissant, le plus souvent en huit à quinze jours, il perd ses bords nets. Il reste alors un ulcère rouge, facile à confondre avec d’autres lésions de la bouche.
Aphte isolé ou aphtes récidivants : ce qui fait la différence
Sous le microscope, un aphte isolé et un aphte de SAR se ressemblent. Ce n’est pas l’analyse du tissu qui fait la différence, c’est le calendrier. Une fois, c’est un épisode. Quand les crises reviennent, c’est une maladie.
Aphtes à répétition : qui est touché ?
On retrouve la SAR partout dans le monde. Elle concerne au moins une personne sur dix, et parfois jusqu’à une sur quatre.
Elle est un peu plus fréquente dans certains cas :
- les personnes issues d’un milieu socio-économique favorisé ;
- les femmes, avec un léger écart ;
- les périodes de stress. En période d’examens, jusqu’à 60 % des étudiants peuvent en avoir.
Une maladie qui évolue avec l’âge
Les premières poussées arrivent surtout chez l’enfant et l’adolescent. On compte environ 1,5 nouveau cas pour 100 jeunes, contre 0,85 pour 100 adultes. Un début avant 5 ans laisse souvent une maladie plus tenace.
Le portrait le plus habituel est celui d’une femme de moins de 40 ans, à la peau claire, qui ne fume pas, et qui vient d’un milieu socio-économique favorisé.
Symptômes : comment se manifestent les aphtes récidivants ?
Les premières crises, dès l’enfance
Les crises commencent en général dans l’enfance ou l’adolescence. Avec les années, elles s’espacent et font moins mal. Si les premiers aphtes arrivent plus tard, le médecin cherchera une maladie derrière.
Douleur et signes avant-coureurs
Il peut n’y en avoir qu’un, ou plusieurs. Quand ils sont nombreux, ils restent séparés ou se groupent. Ce qui gêne, c’est la douleur : parler, manger et avaler deviennent difficiles.
Souvent, on sent la crise venir. Quelques heures avant, l’endroit picote ou brûle. Ces signes s’appellent des prodromes.
Où apparaissent les aphtes ?
Ils se forment sur la muqueuse souple, celle qui bouge et qui n’est pas kératinisée :
- l’intérieur des joues et des lèvres ;
- le plancher de la bouche, sous la langue ;
- le dessous et les côtés de la langue ;
- les piliers des amygdales.
Le palais, le dessus de la langue et la gencive collée à l’os sont plus fermes. Ils sont rarement touchés.
Durée des crises et évolution
Une poussée dure de huit à quinze jours. Au début, quelques jours ou quelques semaines séparent deux crises. Peu à peu, l’intervalle se réduit. Les anciens aphtes ne sont pas encore fermés que les suivants apparaissent, et la bouche n’a plus de répit.
Beaucoup de personnes finissent par aller mieux toutes seules. Cela peut prendre des années. Mieux vaut en parler avant d’en arriver là.
Comment le médecin pose-t-il le diagnostic ?
Aucun test ne dit à lui seul « c’est une SAR ». Le médecin s’appuie sur l’histoire et sur ce qu’il voit :
- des ulcères qui reviennent depuis l’enfance ;
- des aphtes typiques dans la bouche.
Si un parent, un frère ou une sœur a la même chose, le diagnostic se renforce.
Il faut aussi que rien d’autre n’alerte : pas de signe général, pas de lésion hors de la bouche. Dès que les organes génitaux, la conjonctive de l’œil ou le tube digestif sont touchés, on n’est plus devant une SAR isolée. Une biopsie, petit prélèvement envoyé au laboratoire, aide alors à départager les causes possibles.
Les trois formes d’aphtes récidivants
Trois formes se côtoient. Elles n’ont pas la même taille, ne durent pas le même temps, et ne laissent pas les mêmes traces.
| Caractéristique | Aphtes mineurs (de Mikulicz) | Aphtes géants (majeurs) | Aphtes herpétiformes |
|---|---|---|---|
| Part des cas | 75 à 85 % | 10 à 15 % | 5 à 10 % |
| Diamètre | 2 à 5 mm | plus de 10 mm | moins de 5 mm |
| Durée | 10 à 14 jours | plus de 14 jours | 10 à 14 jours |
| Cicatrices | non | oui | non |
L’aphtose mineure, ou aphtes de Mikulicz
C’est, de loin, la forme la plus courante. Un à six petits ulcères, ronds ou ovales, d’environ 2 mm, guérissent seuls en une à deux semaines, souvent en sept à dix jours, sans laisser de trace. La maladie commence en général entre 10 et 40 ans.
En fermant, le fond passe du gris au rouge : la muqueuse se reconstitue. On appelle cela l’épithélialisation. Les lèvres, les joues, le plancher de la bouche et le dessous de la langue sont presque toujours les endroits touchés. L’écart entre deux crises va d’un à quatre mois, et il peut se raccourcir avec les années.
Un homme de 24 ans qui a, chaque mois, trois à six aphtes en donne une image courante.
L’aphtose géante, ou aphtes majeurs
Là, les ulcères dépassent un centimètre. Ils peuvent occuper toute la bouche, y compris le dessus de la langue et le palais. On en compte un à six par crise. Ils mettent 10 à 40 jours à fermer, laissent souvent une cicatrice, parfois une bride qui tire, et reviennent souvent.
Cette bride peut empêcher d’ouvrir grand la bouche. Chez un jeune homme de 18 ans, malade depuis l’âge de 6 ans, l’ouverture ne dépassait plus 27 mm. Plusieurs personnes d’une même famille peuvent être touchées. Une adolescente de 14 ans avait en permanence deux à dix aphtes, avec une douleur à 8 sur 10. Ses deux frères jumeaux, âgés de 8 ans, étaient atteints eux aussi.
L’aphtose herpétiforme
Elle concerne plutôt des adultes plus âgés, et plus souvent des femmes. De petites vésicules s’ouvrent en minuscules ulcères, qui fusionnent vite en grandes plaques aux bords irréguliers. Toute la bouche peut être prise, même la muqueuse ferme.
La douleur est forte. Chaque crise dure 10 à 15 jours, mais la suivante arrive si tôt que la bouche n’est jamais tranquille. Une femme de 34 ans avait ainsi une poussée tous les 10 à 15 jours, avec une douleur à 7 sur 10.
Le nom évoque l’herpès. Il n’y a pourtant aucun lien avec ce virus. Une PCR, qui cherche l’ADN de l’herpès simplex, permet de l’écarter.
Tous les ulcères de la bouche ne sont pas des aphtes
Beaucoup de maladies générales produisent des ulcères qui ressemblent à des aphtes. La plupart des SAR n’ont pas de cause trouvée. Il reste utile de poser des questions, d’examiner, de faire une prise de sang et parfois une biopsie. C’est particulièrement vrai si les aphtes commencent après l’adolescence, ou s’ils sortent de la bouche.
Aphtes et maladies digestives : Crohn, rectocolite, maladie cœliaque
Une diarrhée qui dure, avec des aphtes qui reviennent, fait chercher une maladie inflammatoire chronique de l’intestin : maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique.
Une perte de poids, ou d’autres signes que l’intestin absorbe mal, oriente vers la maladie cœliaque, l’intolérance au gluten. Moins de 5 % des personnes qui ont une SAR ont vraiment cette intolérance. En sens inverse, un tiers des personnes cœliaques ont aussi une SAR. Chez 31 % d’entre elles, enlever le gluten fait disparaître les aphtes.
Aphtes et maladie de Behçet
Des ulcères génitaux en plus des aphtes font chercher une maladie de Behçet, une inflammation des vaisseaux. Il est rare qu’on la découvre à partir des seuls aphtes de la bouche.
Les maladies à écarter en cas d’aphtes tardifs ou associés
Quand la maladie commence tard, ou qu’elle s’accompagne d’autres signes, le tableau suivant aide à voir ce qu’il faut écarter.
| Famille | Maladie | Signes qui doivent alerter | Examens |
|---|---|---|---|
| Immunitaire | SAR | Aphtes limités à la bouche, depuis l’enfance | Examen clinique, exclusion des autres causes |
| Immunitaire | Syndrome PFAPA (fièvre périodique, aphtes, pharyngite, adénite) et syndrome périodique associé au récepteur du TNF (TRAPS) | Aphtes récurrents depuis l’enfance, avec fièvre, pharyngite et ganglions | Examen clinique, exclusion des autres causes |
| Infectieuse | Stomatite herpétique récidivante | Ulcères récidivants de la langue ou du palais, presque toujours au même endroit ; parfois immunodépression | Examen clinique, sérologies |
| Infectieuse | Infection par le VIH | Infections opportunistes de la bouche (candidose, leucoplasie chevelue), sarcome de Kaposi, lymphomes ; facteurs de risque | Examen clinique, test VIH |
| Rhumatologique | Maladie de Behçet | Aphtes sur d’autres muqueuses, pustules cutanées, érythème noueux, uvéite, atteinte du système nerveux central, atteinte des articulations | Examen clinique, sérologies d’exclusion |
| Rhumatologique | Arthrite réactionnelle (syndrome de Reiter) | Urétrite, colite, conjonctivite ou uvéite, balanite, atteinte des articulations ; surtout chez l’homme | Sérologies d’exclusion |
| Rhumatologique | Syndrome de Sweet | Plaques rouges sur la peau, fièvre, aphtes ; souvent associé à une autre maladie (leucémie, MICI) | Sérologies d’exclusion |
| Dermatologique | Érythème polymorphe | Lésions de la bouche et de la peau en cocarde, œdème des lèvres | Examen clinique, biopsie |
| Dermatologique | Pemphigus | Ulcères récidivants de la bouche ou de la peau, précédés de bulles (pas toujours au début) | Biopsie, immunofluorescence |
| Hématologique | Neutropénie cyclique | Fièvre récurrente, infections de la bouche et d’ailleurs ; début dans l’enfance ou l’adolescence | Numération formule sanguine |
| Hématologique | Leucémie | Infections, anémie, pétéchies ou purpura (petites taches rouges sur la peau) | Numération formule sanguine |
| Digestive | Maladie cœliaque | Atteintes dentaires, malabsorption, diarrhée, perte de poids | Examen clinique, anticorps spécifiques, biopsie de l’intestin grêle |
| Digestive | MICI (Crohn, rectocolite) | Œdème des lèvres ou du visage, sang dans les selles, perte de poids ; plus rarement arthrite, uvéite, atteinte du foie ou des voies biliaires | Examen clinique, coloscopie, biopsie |
Aphtes récidivants : quelles causes ?
On ne connaît pas la cause exacte. On parle alors d’aphtose idiopathique : une maladie sans cause identifiée. Quelques pistes reviennent toutefois.
Une prédisposition génétique
Dans un tiers des cas, quelqu’un de la famille a déjà eu des aphtes. Certains marqueurs du système immunitaire sont aussi plus fréquents chez les personnes touchées : les antigènes HLA A2, A11, B12 et DR2. Deux variantes des gènes des interleukines 1 et 6, IL-1β et IL-6 -174, des messagers de l’inflammation, pourraient se transmettre elles aussi.
Un dérèglement du système immunitaire
Les lymphocytes, qui portent l’immunité cellulaire, et les complexes immuns semblent impliqués. Les lymphocytes T qui fabriquent du TNF-α, une molécule de l’inflammation, sont plus nombreux. Cet excès pourrait lancer une réaction qui dépasse son but.
Une bactérie en cause ? Pas démontré
Aucune bactérie n’a été retenue comme cause. La SAR ne s’attrape pas et ne se transmet pas.
Une piste reste ouverte. Certaines protéines de streptocoques, les protéines de choc thermique (HSP, heat shock proteins), ressemblent à des protéines de la muqueuse. Les personnes concernées ont beaucoup d’anticorps contre elles, et leurs lymphocytes réagissent fort à deux fragments, les peptides HSP 91-105 et 65-60.
Le plus probable est donc un léger dérèglement de l’immunité, pas une infection.
Les cofacteurs qui déclenchent les crises
D’autres éléments relancent les poussées sans être la cause de la maladie :
- des carences en fer, en acide folique (vitamine B9), en vitamines B ou en zinc, présentes chez certains patients, même si les corriger ne suffit pas toujours ;
- l’arrêt du tabac ;
- les traumatismes de la bouche ;
- les intolérances alimentaires ;
- le stress et, chez certaines femmes, le cycle menstruel.
Le tabac mérite un mot à part. Arrêter de fumer est une très bonne décision. C’est pourtant le changement d’habitude le plus lié à une SAR qui commence tard, ou qui s’aggrave d’un coup.
Traitement des aphtes récidivants : comment faire face ?
La SAR ne disparaît pas avec un geste simple. On commence par une question, puis par ce qui relance les crises. La suite se décide avec le médecin ou le dentiste.
Première étape : SAR primaire ou secondaire ?
Les aphtes sont-ils seuls, ce qu’on appelle une SAR primaire ou idiopathique, ou accompagnent-ils une autre maladie, une SAR secondaire ? Si une maladie générale est en cause, la prendre en charge calme souvent la bouche. Si les aphtes restent, on les considère comme une SAR primaire.
Supprimer les facteurs favorisants
Une fois cette question posée, on regarde ce qui relance les crises, quand on peut l’écarter :
- corriger les carences en vitamines ou en fer ;
- supprimer les traumatismes de la bouche : prothèse mal ajustée, dent ou matériau dentaire tranchant, brosse à dents trop dure, appareil d’orthodontie chez l’enfant ou l’adolescent ;
- éviter les aliments déclencheurs, noix et fromages par exemple, et repérer les allergies alimentaires ou de contact ;
- si les crises suivent le cycle menstruel, en parler avec son médecin ;
- abandonner les dentifrices et les antiseptiques au laurylsulfate de sodium.
Quand consulter pour des aphtes ?
La plupart des aphtes ferment seuls. Voyez un médecin ou un dentiste si :
- un ulcère ne guérit pas au bout de trois semaines ;
- les aphtes dépassent un centimètre, ou laissent des cicatrices ;
- les crises s’enchaînent sans pause ;
- les aphtes apparaissent pour la première fois après l’adolescence ;
- d’autres muqueuses sont touchées, comme les organes génitaux ou les yeux ;
- s’y ajoutent de la fièvre, une diarrhée persistante, une perte de poids, des douleurs articulaires ou des lésions de la peau.
Un ulcère qui dure plus de trois semaines doit toujours être vu. Il faut écarter une autre cause, y compris un cancer.
Questions fréquentes sur les aphtes récidivants
En résumé
- La SAR est la maladie ulcéreuse la plus fréquente de la bouche.
- Le plus souvent, elle reste bénigne, sans cause identifiée.
- D’autres maladies produisent des ulcères très proches, qu’il faut écarter avec soin.
- On commence par ce qui relance les crises : carences en fer et en vitamines, chocs dans la bouche, stress.
- La suite se décide avec le médecin ou le dentiste.
En parler tôt change déjà le quotidien.