Angela Rossi
Déchaussement des dents : comment le stopper à temps
Le déchaussement des dents est la rétraction progressive de la gencive et de l'os qui tiennent les dents : la racine se découvre, les dents paraissent plus longues, deviennent sensibles au collet, et, au stade avancé, se mettent à bouger. Deux vérités structurent tout le sujet : ce qui est perdu ne repousse pas spontanément, mais le processus peut être STOPPÉ à n'importe quel stade, et il est d'autant plus simple à stopper qu'on agit tôt. Autrement dit, le déchaussement n'est pas une fatalité de l'âge : c'est une maladie qui se dépiste, se traite et se stabilise. Voici comment reconnaître les signes précoces, ce qui le provoque vraiment et les traitements qui marchent.
Consultez rapidement si vos gencives saignent régulièrement au brossage (le tout premier signal, celui qu'il ne faut pas banaliser), si une dent devient mobile, ou si un gonflement douloureux apparaît sur la gencive. En urgence si ce gonflement s'accompagne de fièvre ou d'une douleur intense : un abcès parodontal se traite sans attendre.
Les signes, du plus précoce au plus tardif
Le déchaussement avance par étapes, et chaque étape a ses signes. Dans l'ordre d'apparition :
- Des gencives qui saignent au brossage ou au passage du fil : c'est la gingivite, l'inflammation encore superficielle et ENTIÈREMENT RÉVERSIBLE. Le paradoxe cruel : beaucoup réagissent au saignement en brossant moins la zone, ce qui aggrave tout. Une gencive saine ne saigne pas ; une gencive qui saigne réclame plus de soin, pas moins.
- Des gencives rouges, gonflées, puis qui se rétractent : les dents paraissent s'allonger, des espaces sombres (les « triangles noirs ») apparaissent entre elles.
- Une sensibilité au collet : le froid, le sucre ou le brossage réveillent la racine découverte, dépourvue d'émail.
- Une mauvaise haleine persistante et un goût désagréable, signes de l'infection installée dans les poches sous la gencive.
- Des dents qui bougent, se déplacent ou s'écartent : l'os de soutien a fondu. C'est le stade tardif, celui où l'on consulte le plus et où les options sont les plus lourdes.
Le point clé : entre l'étape 1 et l'étape 5, il s'écoule généralement des années, souvent sans aucune douleur. Le déchaussement est silencieux par nature, et c'est le saignement, pas la douleur, qui doit déclencher la consultation.
Les deux mécanismes, à ne pas confondre
La SERP et les conversations mélangent deux phénomènes différents, qui ne se traitent pas pareil :
La parodontite, le mécanisme inflammatoire. La plaque bactérienne, puis le tartre, s'accumulent le long et sous la gencive ; l'inflammation s'installe, creuse des poches entre gencive et racine, et détruit progressivement le ligament et l'os. C'est la cause dominante du déchaussement généralisé et la première cause de perte de dents chez l'adulte. Ses accélérateurs : le tabac (au premier rang, et il masque en plus le saignement d'alerte), le diabète mal équilibré, certaines prédispositions familiales, le stress, et le tartre jamais retiré. Cette fonte progressive de l'os de soutien porte un nom, l'alvéolyse.
La récession mécanique, sans inflammation. La gencive se rétracte localement, sur une ou quelques dents, sous une agression répétée : brossage traumatique à la brosse dure, bruxisme, dent mal positionnée, frein de lèvre qui tire, piercing. La gencive est rose, ne saigne pas : elle recule, simplement. Le traitement est ici la suppression de la cause, et éventuellement la chirurgie de recouvrement.
Les deux peuvent coexister, et seul l'examen parodontal (mesure des poches, radiographies) fait la part des choses.
En attendant le rendez-vous : les gestes qui comptent
- Continuez à brosser, mieux, pas moins : brosse SOUPLE, gestes doux du rose vers le blanc, deux fois deux minutes. La brosse dure et le brossage horizontal appuyé sont des causes de récession, pas des preuves de rigueur.
- Passez aux espaces interdentaires chaque jour : c'est là que tout se joue, le déchaussement commençant entre les dents. Brossettes adaptées au diamètre de chaque espace (notre comparatif des brossettes interdentaires guide le choix) ou fil pour les espaces serrés.
- Ne masquez pas le saignement avec un bain de bouche pris de votre propre initiative : utilisé à l'aveugle et au long cours, il déséquilibre la flore et retarde le diagnostic sans traiter le tartre sous-jacent.
- Notez les zones qui saignent : c'est la carte des zones malades, précieuse pour le praticien.
- Si vous fumez, c'est LE moment d'en parler : le tabac est le premier facteur aggravant modifiable, et son arrêt améliore mesurablement la réponse au traitement.
Les traitements : stopper, assainir, entretenir
La prise en charge suit une logique en trois temps, du cabinet à la salle de bain :
- Le détartrage complet, au-dessus et au ras de la gencive : le geste de base, aux tarifs conventionnés (28,92 € par séance, 43,38 € pour les deux arcades en séances rapprochées, remboursés), à renouveler selon le rythme prescrit. Notre article sur le détartrage détaille son rôle exact.
- Le surfaçage radiculaire quand des poches se sont formées : le nettoyage en profondeur des racines sous la gencive, secteur par secteur, qui permet à la gencive de se réattacher. C'est le traitement de fond de la parodontite, que nous décrivons en détail dans notre page dédiée au surfaçage radiculaire. Ses honoraires sont libres et présentés sur devis, avec une prise en charge qui dépend de la mutuelle et, dans certaines situations spécifiques prévues par l'Assurance maladie (patients diabétiques notamment), d'un remboursement de l'assainissement parodontal.
- La réévaluation, puis l'entretien à vie : contrôles et maintenances régulières, car la parodontite est une maladie chronique : stabilisée, pas « guérie une fois pour toutes ». C'est l'étape que les patients négligent et qui fait toute la différence à dix ans.
S'y ajoutent selon les cas : la chirurgie parodontale pour les poches résistantes, les techniques de greffe de gencive pour recouvrir certaines récessions mécaniques (un vrai recouvrement est possible dans les formes localisées favorables), la contention des dents mobiles, et le traitement d'un bruxisme associé. Le déchaussement avancé n'est pas sans solutions : il est simplement plus coûteux en temps et en soins que le déchaussement pris tôt.
FAQ
En traitant sa cause : détartrage complet puis surfaçage radiculaire pour éliminer tartre et bactéries sous la gencive dans la parodontite, suppression de l'agression (brosse dure, bruxisme, frein) dans la récession mécanique, et dans les deux cas une hygiène interdentaire quotidienne rigoureuse et un suivi régulier. Le processus se stoppe à tout stade ; ce qui est perdu, lui, ne revient pas spontanément : d'où l'urgence d'agir tôt.
Dans l'ordre : gencives qui saignent au brossage (le signal précoce à ne jamais banaliser), gencives rouges puis rétractées, dents qui paraissent plus longues, triangles noirs entre les dents, sensibilité au froid et au sucré au niveau des collets, mauvaise haleine persistante, et tardivement des dents qui bougent ou s'écartent. Le tout, le plus souvent, sans douleur.
On la stabilise durablement, ce qui revient à une victoire complète si l'on s'y tient : le traitement stoppe la destruction, la gencive se réattache, l'inflammation disparaît. Mais l'os détruit ne se reconstruit pas spontanément et la prédisposition demeure : sans maintenance régulière, la maladie repart. La parodontite se gère comme une maladie chronique : traitée, puis entretenue à vie.
On ne « rechausse » pas une dent en la repoussant dans l'os. En revanche : une dent mobile peut être stabilisée par le traitement parodontal puis une contention, certaines récessions localisées peuvent être recouvertes par une greffe de gencive, et des techniques de régénération permettent, dans des situations favorables, de regagner une partie du support. Le pronostic dépend surtout de la précocité du traitement.
Pas spontanément : une gencive rétractée ne remonte pas d'elle-même, même avec une hygiène parfaite (méfiance envers les produits qui le promettent). Chirurgicalement, oui, dans certains cas : les greffes de gencive recouvrent efficacement les récessions localisées d'origine mécanique, quand le support osseux le permet. C'est le parodontiste qui évalue ce qui est recouvrable.
Indirectement seulement : il est plus fréquent avec l'âge parce que ses causes ont eu plus de temps d'agir, pas parce que vieillir déchausse. Une personne de 70 ans au parodonte sain et suivi garde ses dents ; une de 35 ans avec une parodontite agressive non traitée peut les perdre. Le facteur décisif est le dépistage et le traitement, pas l'année de naissance.
Une brosse SOUPLE, toujours : la dureté n'enlève pas plus de plaque, elle abrase gencive et collets. Le geste compte plus que l'outil : brossage doux et incliné vers la gencive, deux fois deux minutes, complété chaque jour par les brossettes interdentaires au bon diamètre. Pour le dentifrice, un produit fluoré classique convient ; les gammes « gencives » peuvent apporter un confort, elles ne remplacent jamais le détartrage.
Le détartrage relève des tarifs conventionnés remboursés (28,92 € la séance, 43,38 € les deux arcades en séances rapprochées). Le surfaçage radiculaire est à honoraires libres sur devis, souvent quelques centaines d'euros par secteur, avec une prise en charge variable selon la mutuelle et un remboursement de l'assainissement parodontal prévu par l'Assurance maladie dans des situations spécifiques comme le diabète. Greffes et chirurgies font l'objet d'un devis dédié. Dans tous les cas, plus le traitement est précoce, moins il coûte.