Femme tenant sa joue gonflée par une chique dentaire

Chique dentaire : que faire quand la joue gonfle

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La chique dentaire, ce mot familier qu'on emploie quand la joue ou la gencive gonfle à cause d'une dent, désigne une réalité médicale précise : un abcès dentaire, c'est-à-dire une poche de pus formée par une infection, au bout d'une racine ou dans la gencive. Le gonflement peut être discret ou déformer la joue, douloureux ou étonnamment supportable, mais le fond ne change pas : une chique est une infection en cours, elle ne guérira pas seule, et elle se soigne vite et bien chez le dentiste. Voici les gestes utiles en attendant le rendez-vous, ceux qui aggravent, les signes qui transforment la chique en urgence hospitalière, et ce que fera le praticien.

Filez aux urgences (ou appelez le 15) si le gonflement s'accompagne de fièvre, s'étend vers le cou ou vers l'œil, si avaler devient difficile, si ouvrir la bouche devient limité, ou si vous vous sentez globalement mal : une infection dentaire qui diffuse peut devenir grave en quelques heures et ne relève plus du rendez-vous de cabinet. Chez une personne diabétique, immunodéprimée ou fragile, le seuil d'alerte s'abaisse encore : au moindre doute, consultez sans attendre.

Une chique, concrètement : d'où vient le gonflement

Deux mécanismes produisent l'immense majorité des chiques :

  • L'abcès d'origine dentaire (le plus fréquent) : une carie profonde ou un ancien traumatisme a tué le nerf de la dent, les bactéries ont colonisé la racine, et l'infection a fini par sortir dans l'os puis sous la gencive ou la joue. C'est l'aboutissement du processus que nous décrivons dans nos articles sur la rage de dent et le granulome : le granulome est le stade silencieux, la chique est le stade qui déborde.
  • L'abcès de gencive (parodontal) : l'infection part d'une poche entre la dent et la gencive, sur un terrain de déchaussement, ou d'un débris coincé (le classique fragment d'aliment enfoncé sous la gencive). La dent elle-même peut être parfaitement saine.

Dans les deux cas, le pus sous pression explique la douleur pulsatile, la sensation de dent « longue », et le soulagement brutal quand l'abcès se perce : un soulagement traître, on y revient.

En attendant le rendez-vous : ce qui aide, ce qui aggrave

Les gestes utiles :

  1. Du froid à l'extérieur : poche de froid dans un linge contre la joue, par périodes de 10 à 15 minutes. C'est le seul geste qui fait vraiment dégonfler en attendant le soin.
  2. JAMAIS de chaud : ni bouillotte, ni compresse chaude sur la joue. La chaleur dilate, accélère l'infection et peut la faire diffuser : c'est le contre-sens le plus répandu et le plus dangereux sur ce sujet.
  3. Tête surélevée pour dormir, alimentation tiède et molle du côté opposé.
  4. Hygiène maintenue, en douceur : on continue de se brosser les dents, y compris près de la zone, sans traumatiser le gonflement.
  5. Pour la douleur : le pharmacien ou le médecin, qui orientent vers une antalgie adaptée à votre situation. Pas d'automédication à l'aveugle, certains antalgiques courants étant précisément déconseillés en cas d'infection.
  6. Appelez le dentiste en annonçant un abcès : c'est un motif d'urgence reconnu, la plupart des cabinets le casent dans la journée. Le week-end, notre guide pour trouver un dentiste ouvert le samedi liste les recours.

Les erreurs à ne pas commettre : percer ou presser la chique soi-même (on dissémine l'infection et on complique le geste du dentiste), appliquer un produit, un remède ou un comprimé sur la gencive (brûlure chimique assurée), chauffer (voir plus haut), et surtout considérer qu'une chique qui se perce ou dégonfle toute seule est une chique guérie.

Le piège de la chique qui « guérit toute seule »

C'est le point que cette page veut graver : quand l'abcès se perce spontanément, le pus s'évacue, la pression tombe, la douleur s'éteint, et tout semble réglé. En réalité, l'infection a simplement trouvé une sortie : il se forme souvent une fistule, ce petit bouton sur la gencive qui gonfle et se vide par cycles, que nous décrivons dans notre article sur le bouton de gencive. La dent en cause reste infectée, l'os continue de se détruire en silence, et la chique reviendra, au pire moment. Une chique dégonflée est un rendez-vous chez le dentiste qui reste entièrement d'actualité : la seule chose qui ait changé, c'est que vous n'avez plus mal pour y aller.

Ce que fera le dentiste, et ce que ça coûte

Le traitement suit toujours la même logique : évacuer le pus, puis supprimer la cause.

  1. Le drainage : le praticien évacue l'abcès, geste qui soulage de façon quasi immédiate. Selon le tableau, un traitement de classe antibiotique peut être prescrit en complément, notamment en cas de signes de diffusion ou de terrain fragile ; mais le message de santé publique mérite d'être répété tel que les autorités le formulent : les antibiotiques accompagnent le geste, ils ne le remplacent jamais. Un abcès « traité » par médicaments seuls, sans soin de la dent, est un abcès qui reviendra.
  2. Le traitement de la cause, dans la foulée ou au rendez-vous suivant : dévitalisation ou retraitement de la dent en cause quand elle est conservable (tarifs conventionnés de 41,60 à 104 € selon la dent, remboursés à 60 % et complétés par la mutuelle), extraction quand elle ne l'est plus (33,44 € pour une dent sur arcade), ou traitement de la poche parodontale pour un abcès de gencive. Un kyste constitué se traite selon les modalités décrites dans notre article dédié au kyste dentaire.
  3. La suite : la dent dévitalisée se protège souvent par une couronne (panier 100 % Santé disponible), et un terrain de déchaussement se prend en charge pour éviter la récidive parodontale.

Une chique traitée dans les temps est une affaire de un à deux rendez-vous. La même chique baladée pendant des mois entre poussées et accalmies finit en traitement plus lourd, plus long et plus cher : le calendrier est le vrai facteur de coût.

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